Transition énergétique : au Togo, l’urgence d’inclure les femmes
Au Togo, la transition énergétique reste largement pensée sans les femmes alors même qu’elles en sont les premières actrices au quotidien. C’est le constat dressé lors d’un atelier organisé le 30 avril 2026 par la Coordination des Organisations Féminines du Togo (COFET), en partenariat avec le Cercle de Liaison et d’Entraide Féminine (CLEF), FELEADEC et la Campagne des Femmes. Objectif : mettre en lumière une exclusion persistante et proposer des pistes pour replacer les femmes au cœur des politiques énergétiques.
Réunissant des représentants de plusieurs ministères, dont ceux de l’Énergie et des Mines, de l’Environnement et des Finances, la rencontre s’est appuyée sur une étude consacrée au genre et à la transition énergétique. Celle-ci met en évidence un paradoxe : malgré un cadre juridique garantissant l’égalité et l’existence de politiques publiques sensibles au genre, leur mise en œuvre demeure largement insuffisante.
Dans les faits, les femmes principales gestionnaires de l’énergie domestique continuent de dépendre majoritairement de combustibles traditionnels. Une situation qui affecte directement leur santé, réduit leur temps disponible et limite leurs opportunités économiques.
Les données illustrent l’ampleur des inégalités : près de 70 % des ménages utilisent encore le bois de chauffe, tandis que seules 20 à 25 % des femmes ont accès au crédit formel. Leur présence dans les instances décisionnelles reste également marginale, avec moins de 20 % de représentation aux niveaux local et national.

L’étude identifie cinq obstacles majeurs : le poids des normes sociales, l’accès limité aux financements, l’inadéquation des solutions techniques proposées, la faiblesse institutionnelle des mécanismes dédiés au genre et la faible participation des femmes à la gouvernance énergétique.
Face à ce constat, les organisations impliquées appellent à des mesures structurelles : instauration de quotas de représentation, développement de mécanismes de financement adaptés, intégration systématique du genre dans les projets énergétiques et amélioration de la production de données désagrégées.
Dans cette dynamique, un projet de plaidoyer couvrant la période de mars 2026 à février 2027 vise à renforcer l’autonomisation économique des femmes à travers des actions de formation, de sensibilisation et d’influence des politiques publiques.
Pour Mawulolo Léopold Woussou, consultant et formateur en développement des ressources humaines, « le diagnostic montre que si les textes juridiques existent et intègrent les enjeux de genre et d’énergie verte, leur traduction concrète reste insuffisante. L’enjeu est désormais de dépasser une approche transversale du genre pour en faire un axe spécifique des politiques énergétiques et environnementales. »
Les conclusions de cette étude devraient ainsi alimenter un plaidoyer auprès des partenaires institutionnels et techniques, afin que les futurs programmes prennent en compte les inégalités de manière plus ciblée et opérationnelle.
Au-delà des intentions, cet atelier marque une étape importante. Mais pour que la transition énergétique au Togo soit réellement inclusive, le défi reste entier : transformer les engagements en actions concrètes et durables.