Togo/Dans la rue : devenir femme, puis mère

 

Player Radio by OTIYA

RADIO DJENA

En direct

À Aflao, à la frontière entre le Togo et le Ghana, une vingtaine de jeunes filles, enfants au dos, participent à une formation sur les violences basées sur le genre (VBG) au Centre Djena. Cette initiative s’inscrit dans un projet de sensibilisation mené par l’ONG Halsa International Togo, en faveur des jeunes filles mères en situation de grande vulnérabilité dans le Grand Lomé.

Ces participantes sont des femmes et des jeunes filles vivant dans la rue à Lomé. Invisibles le jour, exposées la nuit, certaines y deviennent mères, donnant naissance à des enfants sans toit, sans protection et souvent sans identité. Elles dorment sous les hangars des marchés, devant des boutiques fermées ou sur les plages.

Longtemps perçue comme un espace majoritairement masculin, la rue se féminise progressivement. Pauvreté, violences familiales, mariages précoces, grossesses non désirées et conflits conjugaux poussent de nombreuses adolescentes à la rue.

EAU VOLTIC ARTICLE

« Je me suis installée à la plage à 14 ans. J’ai fui de chez ma tante après des coups répétés. Je pensais trouver du travail. J’ai trouvé la rue », témoigne Foumi Adjayi, 20 ans, mère d’un enfant de deux ans.

Grossesses précoces et accouchements à risque

Dans la rue, survivre expose à de nouveaux dangers. Pour manger ou se protéger, certaines femmes subissent ou acceptent des relations sexuelles imposées ou transactionnelles. Les grossesses qui en résultent sont rarement suivies médicalement. Selon des acteurs sociaux, de nombreuses jeunes filles enceintes n’ont jamais consulté un centre de santé avant l’accouchement.

Accoucher dans la rue ou dans des conditions précaires est devenu une réalité. Certaines arrivent à la maternité au dernier moment, sans carnet de santé ni pièce d’identité.

Des enfants « nés dans la rue »

Ces situations donnent naissance à une génération d’enfants exposés à la faim, aux maladies et à l’insécurité. Sans acte de naissance pour beaucoup, ils grandissent en dehors des circuits administratifs, compromettant leur accès à l’école et aux soins.

« Nous avons été alertés qu’une jeune fille avait perdu son enfant. À notre arrivée, elle l’avait déjà enterré dans le sable », rapporte Yves Abassa, chargé de projet à l’ONG ANGE.

Solange, 19 ans, a accouché sous un hangar du grand marché d’Adawlato. « Mon enfant est né ici. C’est ici qu’il vit », confie-t-elle. Le père ? « Dans la rue, un homme peut surgir la nuit et nous menacer avec un couteau. Je ne connais pas le père de mon enfant », dit-elle.

Des réponses encore limitées

Être femme dans la rue, c’est cumuler les violences sexuelles, les agressions nocturnes, les maladies et le rejet social. Peu osent porter plainte ou demander de l’aide.

« Elles subissent des abus presque quotidiennement et manquent de tout, y compris de nourriture pour leurs enfants », déplore Kévin Fashinou, directeur exécutif de Halsa International Togo.

Malgré les actions des ONG, les distributions alimentaires, soins de base, la sensibilisation, l’absence de centres spécialisés pour l’accueil et la réinsertion des femmes de la rue reste un défi majeur.

Sans politiques publiques ciblées et durables, préviennent les acteurs sociaux, le cycle risque de se répéter, condamnant ces enfants nés dans la rue à y grandir à leur tour.

Partager cet article sur

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.