Togo : « Les femmes doivent transformer les obstacles en opportunités », Pascaline Dangbuie, Maire Golfe 7
À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes célébrée ce 8 mars 2026, nous avons rencontré Pascaline Dangbuie, sénatrice et maire de la commune Golfe 7 au Togo. Commerçante du marché d’Adidogolé Assiyéyé, elle incarne un parcours marqué par la résilience et l’engagement en faveur des femmes du secteur informel.
Votre parcours vous a menée du marché d’Adidogomé Assiyéyé à des responsabilités politiques nationales. Comment cette trajectoire s’est-elle construite ?
Je suis avant tout une femme de terrain. Pendant près de 35 ans, j’ai été revendeuse de céréales au marché d’Adidogomé Assiyéyé. J’y ai connu les difficultés quotidiennes des femmes commerçantes : l’insécurité financière, les pertes liées aux intempéries et le manque de structuration.

Très tôt, j’ai compris que seules, les femmes subissent, mais qu’ensemble, elles peuvent agir. Cet engagement m’a amenée à participer à la création du Réseau des Associations du Marché d’Adidogomé Assiyéyé (RAMAA), qui regroupe aujourd’hui 33 associations, puis de la faîtière des associations des marchés du Grand Lomé.
Mon engagement communautaire m’a naturellement conduite vers la politique. Aujourd’hui, en tant que maire du Golfe 7 et sénatrice, je reste cette femme du marché qui souhaite transformer les difficultés en opportunités pour sa communauté.

Y a-t-il eu un moment décisif dans votre parcours qui a renforcé votre engagement en faveur des femmes et de votre communauté ?
Un jour, alors que je vendais du maïs à mon étalage, j’ai reçu un appel m’annonçant que le Président de la République souhaitait me rencontrer. J’ai d’abord cru à une plaisanterie. Mais cette rencontre a bien eu lieu et il m’a encouragée à poursuivre mon engagement auprès des femmes des marchés.
Cette reconnaissance m’a donné un nouvel élan. Elle m’a surtout rappelé qu’un travail bien fait, même dans l’ombre, peut avoir un impact national.
Quelles sont aujourd’hui vos principales priorités pour améliorer la situation des femmes et des jeunes filles dans la commune du Golfe 7 ?
Nos priorités sont l’autonomisation économique des femmes, notamment dans le secteur informel, l’amélioration des conditions de travail dans les marchés et la promotion de l’éducation des jeunes filles. Nous menons également des actions de sensibilisation contre les violences basées sur le genre et encourageons la participation des femmes à la gouvernance locale.
En tant que femme engagée en politique au Togo, quels obstacles avez-vous rencontrés et comment les avez-vous surmontés ?
Être une femme en politique, au Togo comme ailleurs, implique encore de faire face à des préjugés et à des doutes sur nos capacités. On attend souvent des femmes qu’elles restent en retrait. Mais mon parcours m’a appris à ne pas me laisser définir par ces obstacles. Après des décennies passées dans le secteur informel, à négocier, à gérer des difficultés quotidiennes et à défendre mes droits, j’ai développé une grande résilience et une forte capacité d’adaptation.
Aujourd’hui, je réponds à ces défis par le travail, la transparence, l’écoute et la solidarité. Au final, ce sont les résultats qui parlent le mieux.
À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, quel message souhaitez-vous adresser aux femmes togolaises et africaines ?
Être une femme en politique signifie parfois faire face à des préjugés. Mais ces obstacles ne doivent pas freiner nos ambitions. Peu importe d’où l’on vient. Ce qui compte, c’est la détermination, le courage et la volonté d’agir pour sa communauté. Lorsqu’une femme avance, c’est toute la société qui progresse.