Togo : fake news et réseaux sociaux, la bataille pour l’information fiable !

Au Togo, la montée en puissance des fausses informations, favorisée par la généralisation des technologies numériques et l’accélération des flux d’informations, est en train de transformer le paysage médiatique.

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Le Togo compte plus de 8,6 millions de lignes mobiles actives, ce qui représente un taux de pénétration supérieur à 100 %. L’accès à l’information se fait désormais principalement via le mobile. Selon l’Autorité de régulation des communications électroniques (ARCEP), près de 4,9 millions d’abonnés au haut débit mobile ont été recensés au troisième trimestre 2025.

Parallèlement, environ 934 000 Togolais utilisent activement les réseaux sociaux, et près de 48 % de la population déclare s’y informer régulièrement. Facebook domine l’écosystème, tandis que TikTok et YouTube gagnent du terrain auprès des jeunes, imposant des formats courts, rapides et souvent peu vérifiés, selon ce rapport de l’ARCEP du troisième trimestre de 2025 sur l’observatoire des marchés des communications électroniques.

Cette évolution du paysage médiatique et informationnel crée un terrain propice à la désinformation. « Une information peut se propager à travers tout le pays en quelques heures, sans aucune vérification des faits », explique Noël Tadegnon, spécialiste de la vérification des faits et cofondateur de Togocheck, une plateforme dédiée à la lutte contre la désinformation au Togo. Il identifie trois grandes formes de fausses informations : les citations attribuées à tort, les images recyclées et sorties de leur contexte, et les rumeurs liées à la santé. « Vérifier prend du temps ; partager prend deux secondes. Ce déséquilibre est le moteur de la désinformation », résume-t-il.

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Les conséquences sont bien réelles…

Une note vocale annonçant une attaque imminente dans le nord du pays a récemment circulé sur WhatsApp, provoquant inquiétude et confusion dans plusieurs localités.

Pour Adjo, une mère de famille à Lomé, cette réalité a pris une dimension personnelle. « J’ai reçu un message promettant 100 000 francs CFA à toutes les femmes. Il me suffisait de le partager », raconte-t-elle. Convaincue, elle a largement relayé le message. « Je pensais vraiment que c’était une opportunité. » Quelques jours plus tard, elle s’est rendu compte qu’il s’agissait d’une fausse promesse. « Je me suis sentie gênée d’avoir contribué à sa diffusion sans vérifier. »

Face à l’augmentation du volume de fausses informations et de désinformation, les journalistes s’efforcent de conserver leur rôle de source d’informations vérifiées. « Les fausses informations sapent notre travail en érodant la confiance du public et en semant la confusion », explique Narcisse Prince Agbodjan, journaliste et secrétaire général de l’Union des journalistes indépendants du Togo.

Son sentiment est justifié, car environ 60 % des citoyens estiment que les médias ne sont pas totalement libres, selon Afrobarometer, et la crédibilité des journalistes est devenue un enjeu central.

Narcisse Prince Agbodjan cite un cas récent concernant une fausse déclaration attribuée au directeur général de la police nationale, qui a été largement relayée en ligne avant d’être démentie. « Nous sommes parfois contraints de consacrer plus de temps à la vérification des faits qu’à la production de contenu. »

Malgré ces défis, il considère également ce phénomène comme un signal d’alarme : « Les fausses informations renforcent notre rôle de vérificateurs de faits. Elles nous obligent à revenir à un journalisme éthique. »

Les citoyens ont des attentes élevées. Selon les enquêtes Afrobarometer de 2025, 65 % des Togolais interrogés souhaitent que les médias enquêtent davantage sur la corruption, et 62 % soutiennent la liberté d’expression dans les médias. Pourtant, la bataille pour une information fiable ne repose plus uniquement sur les journalistes.

Dans un paysage médiatique en mutation, les créateurs de contenu ou les conteurs jouent un rôle de plus en plus important. Forts d’une large audience, notamment auprès des jeunes, ils contribuent à diffuser l’information à grande échelle. Mais leur influence soulève des questions : sans formation journalistique, certains contribuent, parfois involontairement, à la diffusion de contenus trompeurs.

« La vérification n’est pas réservée aux professionnels, c’est un geste civique », insiste Noël Tadegnon. Dans un environnement où l’information virale prime, chaque utilisateur devient un maillon de la chaîne de l’information ou de la désinformation.

Au-delà du Togo, cette situation illustre une transition plus large sur le continent africain. Le passage d’un modèle dominé par la radio qui reste la première source d’information avec 64 % d’audience à un écosystème hybride. Dans cette nouvelle réalité, les journalistes, les créateurs de contenus et les citoyens partagent une responsabilité commune: celle de restaurer la confiance dans l’information, à l’ère du numérique.

Cette publication WanaData a été soutenue par Code for Africa et la Digital Democracy Initiative dans le cadre du projet Digitalise Youth, financé par le Partenariat Européen pour la Démocratie (EPD).

© Image illustration – Istockphoto

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