Togo : l’électricité avance, les femmes restent dans l’ombre

À mesure que le Togo électrifie les villages à un rythme jugé rapide pour la région, une étude nationale montre que les femmes, premières gestionnaires de l’énergie domestique, restent largement absentes des décisions qui façonnent cette transition.

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Le Togo affiche l’une des progressions les plus rapides d’Afrique de l’Ouest en matière d’accès à l’électricité. Le taux national est passé de 23 % en 2010 à environ 70 % fin 2024, puis a franchi la barre des 75 % fin 2025, selon les chiffres communiqués par le ministère des Mines et des Ressources énergétiques, un niveau supérieur à la moyenne de la CEDEAO, estimée à 57,4 %. Le dernier recensement national et l’Enquête harmonisée sur les conditions de vie des ménages (EHCVM-2, Inseed, 2021-2022) situaient déjà l’accès des ménages à 70,3 %, avec un écart marqué : environ 9 ménages urbains sur 10 sont raccordés, contre seulement 5 sur 10 en zone rurale.

Cette accélération repose sur deux piliers. L’extension du réseau national, soutenue par le Fonds Tinga (plus de 82 000 branchements à coût réduit en deux ans, pour un objectif de 1,2 million de foyers d’ici 2030), et le solaire hors réseau, via le programme Cizo, qui avait déjà distribué plus de 130 000 kits solaires individuels à mi-2023 et revendique aujourd’hui plus de 312 000 foyers ruraux équipés, d’après les autorités togolaises.

Mais ces courbes ascendantes masquent une réalité plus inégale selon le genre. Une étude sur le genre et la transition énergétique, commandée par la Coordination des Organisations Féminines du Togo (COFET) et validée le 30 avril 2026 à Lomé, dresse un constat sévère. Environ 70 % des ménages togolais dépendent encore du bois de chauffe pour cuisiner. Une charge qui pèse en premier lieu sur les femmes, chargées de la collecte et de la gestion quotidienne de l’énergie domestique. La même étude relève que seules 20 à 25 % des femmes ont accès au crédit formel, ce qui limite leur capacité à investir dans des équipements plus propres ou à monter une entreprise dans le secteur.

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Leur poids politique reste tout aussi restreint. Les femmes n’occupent que 18 % des sièges à l’Assemblée nationale et 17 à 20 % des postes dans les conseils municipaux, les mêmes instances qui arbitrent les priorités énergétiques locales.

L’étude de la COFET identifie cinq freins structurels : le poids des normes sociales, l’accès limité au financement, des solutions techniques mal adaptées aux usages des femmes, la faiblesse des mécanismes institutionnels dédiés au genre, et leur sous-représentation dans la gouvernance du secteur.

Des initiatives cherchent à inverser la tendance. Le programme « Wényonu », porté par l’incubateur togolais Energy Generation avec le soutien de l’ambassade de France, forme 80 femmes des cinq régions du pays comme technico-commerciales en énergie solaire. Un partenariat antérieur entre Energy Generation et l’énergéticien français EDF avait déjà formé une centaine de femmes au Togo, au Ghana et en Côte d’Ivoire à l’installation et à la maintenance de systèmes solaires hors réseau. Sur le terrain, le projet pilote Emper, mené par l’ONG togolaise ETD dans la région des Plateaux, a constaté que les kiosques solaires gérés par des femmes génèrent davantage de revenus que ceux tenus par des hommes.

Face à ces constats, la COFET et d’autres organisations réclament des quotas de représentation féminine dans les instances de gouvernance énergétique, des mécanismes de financement dédiés aux entrepreneures vertes, et la production systématique de données désagrégées par sexe pour suivre les progrès. Sans ces correctifs, préviennent-elles, le Togo risque d’atteindre son objectif d’électrification universelle d’ici 2030 sans que les femmes en soient pleinement bénéficiaires ni actrices.

Cette publication WanaData a été soutenue par Code for Africa et la Digital Democracy Initiative dans le cadre du projet Digitalise Youth, financé par le Partenariat Européen pour la Démocratie (EPD).

Copyright – Image/Edukiya

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