Chaque mois de novembre, le monde entier se pare de bleu pour attirer l’attention sur la santé masculine. Cette campagne, connue sous le nom de « Novembre Bleu », vise à sensibiliser au cancer de la prostate, qui constitue l’une des premières causes de décès par cancer au Togo.
Malgré les multiples initiatives, la peur, la pudeur et les tabous culturels freinent encore le dépistage de la maladie chez les hommes. Et pourtant, prendre cette décision simple, c’est se donner une chance de vivre.
La prostate est une petite glande logée sous la vessie et entourant l’urètre. Elle produit le liquide séminal, qui nourrit et transporte les spermatozoïdes. Avec l’âge, cette glande peut connaître des troubles dont le plus redouté est le cancer de la prostate, une maladie souvent silencieuse, mais potentiellement mortelle. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), ce cancer est le plus fréquent chez l’homme et représente un enjeu majeur de santé publique, notamment en Afrique subsaharienne.
Une réalité préoccupante au Togo

Une étude réalisée au CHU Sylvanus Olympio de Lomé, fait état de plus de 300 nouveaux cas de cancer de la prostate enregistrés chaque année. Sur environ 500 diagnostics, 300 décès sont enregistrés par an sur le plan national.
Une autre étude hospitalière menée à Lomé révèle également que 85 % des hommes togolais atteints de cancer de la prostate sont diagnostiqués à un stade avancé ou métastatique, lorsque les chances de survie sont considérablement réduites.
Le cancer de la prostate évolue lentement, souvent sans aucun symptôme au départ. Lorsque les signes apparaissent : difficultés à uriner, douleurs pelviennes ou osseuses, fatigue, perte de poids, du sang dans le sperme, la maladie est déjà bien avancée. Ce silence biologique explique pourquoi le dépistage précoce est vital. Il permet d’identifier la maladie avant qu’elle ne se propage, offrant des traitements plus légers et une meilleure chance de guérison. Ce choix vital, beaucoup d’hommes hésitent encore à le faire pour des raisons diverses.
Efoé, 51 ans, est un commerçant à Lomé. Il évoque la peur du diagnostic « Je sais qu’à mon âge, je devrais faire le test PSA. Mais j’ai peur qu’on me dise que j’ai un cancer. Chez nous, les hommes préfèrent ignorer. Tant que je ne ressens rien, je me dis que tout va bien.» , a-t-il déclaré.
Jean partage la même crainte, celle de se confronter à la réalité. Cette crainte retarde souvent la détection et aggrave les conséquences. Mawuli, 56 ans, électricien, explique sa réticence à se faire dépister à cause du poids du tabou et de la pudeur masculine. « Le toucher rectal, c’est ce qui me bloque. On en rigole entre amis, mais au fond, c’est la honte qui parle. Pourtant, un médecin m’a expliqué que c’est rapide et sans douleur. Je compte le faire pendant le mois de novembre. », fait-il savoir.
Novembre Bleu, un mois pour agir et parler
Au Togo, novembre Bleu s’impose progressivement comme un temps fort de sensibilisation à la santé masculine. Des campagnes communautaires, conférences et actions de proximité sont menées par des associations et médecins pour encourager le dépistage gratuit dans plusieurs centres de santé. Mais la réussite de cette initiative dépend aussi de la participation des hommes eux-mêmes.
Le cancer de la prostate ne doit plus être un sujet honteux. En ce mois de novembre Bleu, le message est clair : messieurs, le dépistage précoce est votre meilleure arme contre le cancer de la prostate. Agir tôt, c’est vivre plus longtemps, pour soi, pour sa famille, et pour donner l’exemple à toute une génération d’hommes.
Amen Assignon